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Comme promis dans mon sujet de présentation, je vous livre ma critique détaillée de cette nouvelle antho, entamée en début de semaine et achevée hier — rapidité de lecture qui est plutôt de bon augure. Je précise que j'ai pris soin de commenter chacune des nouvelles, y compris celles que je n'ai pas aimées. Je sais à quel point il est vexant, en tant qu'auteur, de ne pas voir son texte cité dans les critiques, comme s'il n'avait pas été au sommaire...
Allez, c'est parti.
J'ai aimé:
Cityville est calme ce soir, Don Lorenjy J'ai beaucoup apprécié la nouvelle de Don Lo. Placer ce texte juste après "Avis de tempête" est cruel pour ce dernier: la différence de classe saute aux yeux. "Cityville est calme ce soir" n'a pourtant rien d'extraordinaire, il n'a pas une ambition démesurée, mais on sent une vraie plume, un vrai talent.
Servitude, Lysianne Detey Au moment de rédiger cette critique, j'ai eu tendance à oublier "Servitude", coincé entre les réjouissants "Cityville" et "Trêves de comptoir", mais au final il est plutôt bon. Il repose pourtant sur un concept casse-gueule, trop souvent employé dans la SF de bas étage: celui d'une bonne idée de départ, que l'ensemble de la nouvelle ne sert en fait qu'à expliquer au lecteur. Sauf qu'en l'occurrence c'est assez bien mené, et l'on oublie presque que les dialogues entre les deux personnages ne sont là que pour nous démontrer quelque chose.
Trêves de comptoir, Anthelme Hauchecorne Du Anthelme Hauchecorne tout craché. J'ai lu quelques nouvelles de cet auteur et c'est toujours un peu la même recette: un fond loin d'être transcendant, mais un humour omniprésent sans être tarte à la crème et efficace sans être tapageur. Je sais à quel point il est difficile de manier l'humour en SFFF, j'apprécie donc d'autant plus la performance.
Nous nous battrons donc à l'ombre, Olivier Boile La décence voudrait que je ne commente pas cette nouvelle. Ceci dit, l'ayant écrite il y a près de quatre ans, j'ai pu la relire avec un œil neuf, presque extérieur. Et force est de constater que j'aime beaucoup ce texte, que je considère, à tort ou à raison, comme l'un de mes plus aboutis. Mais p*tain, quatre ans! Voilà qui ne nous rajeunit pas, ma petite dame!
Cap'tain Life, Alexis Moroz L'auteur de "Cap'tain Life" est jeune, il y a encore quelques maladresses et erreurs de jeunesse, mais c'est un texte agréable, à défaut d'être particulièrement marquant. Un nouveau nom à garder à l'œil, à mon avis.
Lambda man, Jeanne-A Debats Le nom de l'auteur est déjà une garantie de qualité. Et bien que l'histoire en elle-même ne m'ait pas scotché au plafond, l'écriture est si bien maîtrisée qu'on ne peut qu'adhérer. Jeanne-A Debats doit faire partie de ces auteurs qui peuvent raconter n'importe quelle histoire, cela fonctionnera toujours.
Atomic Girl et moi, Oliver Castle Bien qu'il ne s'agisse clairement pas de grande littérature, j'ai trouvé le récit bien mené et me suis attaché aux personnages. L'échange permanent entre réalité et fiction, entre vie quotidienne et vie héroïque, m'a beaucoup plu, si bien que j'ai conservé un large sourire aux lèvres tout au long de ma lecture. C'est sans doute le seul texte dont j'ai regretté qu'il ne soit pas plus long. A mon sens, il y aurait presque matière à en faire une novella, voire davantage.
Pierrier-Par-Coeur contre les dévoreurs de montagne, Timothée Rey La palme de l'originalité pour cette histoire de super-marmotte, mais pas seulement. Avec un tel sujet, il aurait été facile de tomber dans le grand n'importe quoi. Timothée Rey a su éviter l'écueil, pour un texte mêlant belle plume, trouvailles astucieuses, baston et émotion. Une vraie réussite, qui prend place dans mon Top 3 personnel.
Histoire de Cendres, Karim Berrouka On connait le talent de monsieur KB, qu'il s'agisse de susciter le rire ou l'émotion. Ici, on est plutôt dans le deuxième cas. Les passages mettant en scène l'enfant et son aïeul, notamment, sont touchants. Ceux narrant le déroulement de l'expédition m'ont d'abord fait craindre de la SF scientifique pur jus. Au bout du compte, l'ensemble est tout à fait prenant, et même les passages "scientifiques" contiennent leur part d'émotion. Direction le Top 3 de cette antho, en ce qui me concerne.
Je suis partagé:
La Mère de tous les vices, Guillaume Thiberge Je suis assez perplexe: l'idée de départ m'a séduit, mais le récit est tellement rapide, les explications délivrées avec une telle parcimonie, que j'ai eu la désagréable impression de ne pas avoir tout saisi.
Le Komikoï, William Blanc Assez déçu par ce texte, dont j'attendais beaucoup. En feuilletant l'antho avant de la lire, j'avais noté le rendez-vous de cette nouvelle d'inspiration byzantine, vu que mêler faits historiques et super-héros est l'un de mes dadas. Au final, j'ai bien aimé le principe du super-héros chargé de nettoyer Constantinople après le désastre de 1204. Malheureusement, on retrouve dans ce texte ce qu'il faut éviter quand on écrit de l'historique: étaler sa culture en empilant mots techniques et autres expressions en version originale non-sous-titrée. Une nouvelle ne devrait pas nécessiter un glossaire en annexe pour être intelligible; quant à la bibliographie, paradoxalement, cela ne fait pas très sérieux. A la lecture de certains passages de ce texte, j'imaginais l'auteur attablé avec son "Découverte Gallimard" sous les yeux, cherchant à caser le maximum de savoir acquis afin que sa nouvelle sonne juste... mais pour le coup, c'est plutôt l'inverse qui se produit. Dommage, car je persiste à croire que "Le Komikoï" a un potentiel très intéressant.
Hypereyelidtamer, Nico Bally J'ai toujours du mal à exprimer une opinion sur ce genre de texte court, bien trop court pour mériter selon ma nomenclature personnelle le qualificatif de "nouvelle". Dans la précédente antho P&T, "Le guide de l'enfer" de Roland Koltzoff m'avait fait un peu le même effet. Ceci étant, vu le niveau d'écriture entrevu ici, je ne doute pas que ce texte soit de qualité.
Je n'ai pas aimé:
Avis de tempête, Cindy Van Wilder Sans être effroyablement mauvaise, cette nouvelle m'a parue assez insipide, comme un verre d'eau tiède dans une soirée cocktails. L'histoire en elle-même est quelconque, le style sans relief, et la structure trop charcutée - près de vingt paragraphes tout de même! - pour que la lecture en soit agréable. Et vu le contenu proposé, le tout aurait pu tenir en quatre pages, on aurait ainsi évité le remplissage inutile.
Les Monstres, Jacques Fuentealba Je n'ai pas réussi à entrer dans la nouvelle de Jacques Fuentealba, mais alors pas du tout. Je suis resté sur le seuil tout en sentant qu'elle était objectivement loin d'être mauvaise. Trop ostensiblement scientifique pour moi, peut-être. Au final, bien que m'étant accroché pour lire chaque mot de cette nouvelle, je serais bien incapable de dire de quoi elle parlait.
Le Guérisseur, Réjane Durand Une nouvelle assez maladroite et trop éloignée du thème de l'antho: il ne suffit pas d'avoir des pouvoirs extraordinaires pour être un super-héros… Ou alors les références super-héroïques, qui auraient pu justifier la présence de ce texte au sommaire, m'ont échappé.
Le Pouvoir des mots, Yoann Denuault Même problème que pour la nouvelle de Réjane: celle-ci aurait plutôt sa place dans l'antho "Pouvoirs et puissance" de Sombres Rets que dans un recueil de super-héros. De plus, sa narration erratique, qui prend sans cesse à partie le lecteur, m'a profondément agacé. Quand on a envie de crier "ta gueule!" à un narrateur, ce n'est jamais bon signe.
Si ce n'est victoire..., Simon Bréan Il est des textes qui nécessitent une clef pour y entrer. Ici, j'ai eu l'impression qu'il m'aurait fallu un trousseau complet pour déverrouiller le coffre-fort. Vu de loin, "Si ce n'est victoire" m'a paru assez prétentieux, mais je ne jugerai pas davantage, n'ayant fait que survoler les dernières pages.
Une très bonne antho, pour résumer, qui m'a davantage emballé que l'antho infernale. Plus de la moitié des textes dans la catégorie "J'ai aimé", c'est un très bon score, qui ne me fait pas regretter d'avoir achet... reçu un exemplaire gratuit de cette antho "Super-Héros".
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